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Billets d'humeur 

Edito Journal des Conviviales N°17
Gilbert Barba
, auteur, comédien et metteur en scène - février 2010

Cher public,
Souvent je me demande : que reste-t-il des spectacles que nous avons partagés ?
Nous pourrions faire une liste à la Perec. Bien sûr chacun aurait la sienne. Toi tu penserais à Proserpine la clown SDF. Moi à Bernard Lubat tapant comme un fou sur le piano de location. Toi à la compagnie Skappa et à son magnifique spectacle
pour les maternelles. Moi au spectacle « effroyable jardin ». Et la liste s’allonge, s’allonge, s’allonge. Combien de spectacles, de compagnies, depuis presque 12 ans ? L’acteur doit parler fort, cependant c’est au creux de ton oreille qu’il vient se
confier. Que reste-t-il des mots que tu as entendus ? Juste le frottement du souffle, de la langue et des lèvres. Juste un murmure. Faire un effort pour ne pas oublier. Fermer les yeux et refaire le chemin à l’envers ? Est-ce bien utile ? Accepter que le temps soit passé, que les chemins soient différents. Le plus important peut-être c’est que tu aies rencontré des poètes, des acteurs, des musiciens, des danseurs, qui t’ont offert ce qu’il y a de plus intime en eux, qui t’ont montré leurs blessures, avec pudeur. Fermer les yeux oui, mais pour entendre le bruissement du monde se mélanger avec le bruissement des spectacles passés qui eux-mêmes se mélangent avec les spectacles d’aujourd’hui. Tous les spectacles ! Même ceux qui
ne viennent pas chez-nous ! Ceux que tu as vus ailleurs ! Ceux dont j’ai entendu parler ! Bien sûr, pour moi, il y a les personnages que j’ai inventés et qui m’ont échappé, puis qui ont revêtu l’habit de chair de mes camarades-acteurs. Là aussi
la liste est longue. Combien de spectacles, de personnages, ta présence de spectateur nous a permis d’inventer ? Combien de tes rêves se sont mélangés aux miens ? Depuis tout ce temps que nous travaillons ensemble, toi et moi, il est difficile de dire qui a le plus influencé l’autre. Les artistes sont comme de frêles esquifs ballotés par les flots et toi tu es le phare qui brille au loin. Mais peut-être est ce l’inverse ?
Allez ! A bientôt compagnon !


Edito Journal des Conviviales N°16
Frédéric Flahaut
, comédien et metteur en scène - Septembre 2009

La maison du Centre Culturel Itinérant d’ECLATS de SCENES n’existe pas ! Une boîte aux lettres, une B.P. accrochée à aucun mur, un garage pour entreposer nos décors et notre matériel, d’abord chez Yves et Dany (qu’on remercie ici chaleureusement), aujourd’hui dans le très provisoire caveau désaffecté prêté par la mairie de Mondragon. Des S.D.F. des S.D.F. ! traduisez : « des Sans Domicile Fixe des Salles Des Fêtes ». Certes cela nous a permis une grande souplesse d’intervention. Permis aussi de diminuer nos frais de fonctionnement au bénéfice de l’action culturelle. Chez nous l’argent public de la culture est utilisé pour la culture et son public, sans déficits aucuns ! Mais « les temps changent », pas seulement pour Dylan. Aujourd’hui nous avons besoin d’un lieu pour amplifier notre action, pour reprendre nos résidences d’auteur et de compagnies. Une sorte d’étape pour y créer, chercher, inviter, de temps en temps nous asseoir, réfléchir, pour mieux repartir. Car jamais nous n’abandonnerons le terrain. Notre demande est-elle par trop paradoxale (un lieu pour mieux bouger) pour que les institutions, tout en y portant un grand intérêt, nous laissent de mois en mois nous débattre pour assurer notre mission de service public ? « C’EST LA CRISE ! » Crise, mot-clef qui ferme toutes les portes. Crise bancaire ? Crise financière ? Crise de société ? Crise de décroissance ? Crise de foie ? Crise de foi ? Ce que nous constatons c’est que tandis qu’on nous laisse danser le cha-cha-cha, trois pas en arrière, deux pas en avant, à l’Elysée on fait le remake de la génération Mitterrand… le neveu de Tonton accepte le poste de la culture. Un portefeuille d’occasion, troisième main puisque refusé par Lang, Clément et Orsenna. De toute évidence un ministère qui se prépare à perdre sa compétence, voire à disparaitre, au bénéfice (sic) du haut commissariat en prise directe avec le Château. Loin des ors de la république, ici en bas, on continue la lutte… Chaque page de ce numéro seize est un combat. Trouver le bon spectacle, populaire et de qualité, diffuser notre répertoire en l’alimentant de nos dernières créations, aller au plus près des gens, chez eux, dans les écoles, animer des ateliers, travailler avec les enseignants, les écrivains, les amateurs, les élus, les associations, maintenir la convivialité et enfin permettre à tous, par des tarifs parmi les plus bas de la région, d’accéder à nos  manifestations sans discrimination. Allez je termine cet édito en souhaitant la bienvenue à Mathieu Castelli, notre nouveau chargé de communication et de diffusion, artisan de ce journal entre autre, qui vient de rejoindre notre équipe en remplacement de Karen partie pour d’autres aventures. Bienvenue aussi sur cette terre à Basile, fils de Maud et Julien Colli qui vient s’ajouter à la liste déjà longue des enfants d’Eclats de Scènes… Souhaitons que pour eux, demain, les luttes pour simplement vivre mieux soient inopportunes…
Le mot de Claudie Gourjon,
Présidente de l'association Eclats de Scènes

Juin 2009 - Conseil d'Administration de l'association Eclats de Scènes


J’aurais eu d’innombrables (et le mot est faible) raisons de vous servir encore un discours plein de rage, de colère, de dégoût, de honte, de désespoir, bref un discours noir !
La pollution de la planète, les élections européennes, la haine de l’autre qui grandit, l’expulsion des étrangers comme de vulgaires marchandises, les politiques frileuses ou politiques dictatoriales, les mensonges, l’économie, la globalisation, la mondialisation, bref.
Et puis je me suis souvenue des paroles qui ont été prononcées à propos du travail d’Eclats de Scènes par une personne que je tiens en grande estime. Cette personne a dit : «Eclats de Scènes, véritable réservoir de contrepoisons contre toutes les formes de pensées faciles ou doctrinaires ».
Et c’est vrai ! Alors je vais faire un discours sur un sentiment qui me semble bien enfoui au plus profond de nous et que l’on est en train d’étouffer, que l’on n’ose plus dire : l’Amour ! Oui parlons d’amour !
L’amour de l’autre. De vous frères humains comme disait un grand homme (Albert Cohen). Et je veux parler de l’amour d’Eclats de scènes. Oh rassurez vous je ne veux pas vous parler de qui aime qui, des histoires d’amour de chacun, non, je veux vous parler de cet amour qu’il faut avoir en soi pour réaliser ce que réalise Eclats de Scènes. Dix ans de vie commune ! Ce n’est pas facile à deux alors à dix ; imaginez ! Les causes de divorces ont été et sont parfois nombreuses mais à Eclats de Scènes, l’amour de l’art, l’amour de l’autre malgré les désaccords l’emporte sur les torts. J’ai souvent entendu mon père parler de l’amour du travail bien fait. Eh bien si cet amour devait quitter les membres de Eclats de Scènes, il est clair que plus rien n’existerait. Si, comme pour la plupart de nos politiques ou industriels la seule préoccupation c’était le fric, le seul raisonnement, un raisonnement économique, Eclats de Scènes aurait mis la clé sous la porte et déposé le bilan, finances saines évidemment, je vous rassure…Mais où sont les bénéfices pour les actionnaires ? AH mais j’oubliais nous n’avons pas d’actionnaires…Eclats de Scènes est une valeur non cotée en bourse !
Mais voilà je m’égare, je commence à me mettre en colère, à être ironique, non revenons à l’amour, carburant majoritaire dans le réservoir d’Eclats de Scènes. Amour contre la pensée facile, amour contre la pensée doctrinaire, ça oui c’est vrai, demandez donc aux membres d’Eclats de Scènes combien de temps dure une réunion d’équipe ? Et vous comprendrez que la pensée facile et doctrinaire n’y a pas sa place. D’ailleurs comment pourraient-ils offrir une telle variété de spectacles si la doctrine était de mise ? Non, inimaginable. L’amour je vous dis, l’amour du théâtre pour tous. Comment pourrait-il en être autrement ? Iraient-ils à la rencontre de tous ces habitants durant les longs mois de l’année où il n’y a pas de festival à Avignon, Grignan, Bollène, Valréas, Vaison, etc. Qui vient à notre rencontre ? Qui accepte de construire un théâtre dans une salle des fêtes ? Qui accepte de ne pas dormir dans un hôtel 4 étoiles mais dans de chaleureuses maisons de l’habitant où l’accueil mérite bien 5 étoiles d’ailleurs ? Qui accepte de rencontrer le public autour d’un repas après avoir joué, monté, démonté plutôt que d’aller s’enfermer dans une loge ou de fuir par la sortie des artistes ? Qui accepte de faire moultes réunions pour que tout se passe du mieux possible ? Qui refuse de présenter des spectacles faciles sous prétexte que le public des conviviales n’est pas prêt ? Eh oui, on a entendu ce genre de remarques « Ah non on ne joue pas dans les villages, notre spectacle est trop …..Pas assez…. » Qui accepte le débat avec son public sur tel ou tel spectacle ? Pour tout ça, pour accepter tout ça, il faut beaucoup d’amour !
L’amour pour l’autre c’est quoi ? La confiance : faire confiance à l’autre, le croire capable de s’exprimer et de juger par lui-même, l’amour de l’autre c’est accepter qu’il pense par lui-même, différemment, en grand désaccord parfois mais toujours dans le respect et l’amour, la bienveillance. L’amour de l’autre, c’est lui laisser la parole, l’écouter. Ne faut-il pas beaucoup de bienveillance pour animer des ateliers de pratiques artistiques en milieu scolaire ? Et bien la bienveillance des artistes d’Eclats de Scènes doit être à la hauteur de ce que chacun attend si j'en crois le nombre d'APA grandissant (Atelier de Pratique Artistique).

Mais j’ai l’impression que ces sentiments manquent cruellement dans notre société. Ils disparaissent comme la couche d’ozone, ils fondent comme la banquise. Mais Eclats de Scènes est plein d’amour et Eclats de Scènes résiste et la résistance c’est fatiguant. C’est pourquoi nous avons besoin de moyens à moins que nous soyons seuls à vouloir résister à la pensée facile et doctrinaire, seuls à vouloir résister à «La crise provoquée par les rois de l’économie virtuelle qui montre l’impérieuse nécessité de remettre l’homme au centre des préoccupations, ce à quoi s’emploie quotidiennement Eclats de Scènes. » comme le dit si bien Marc Menuge. 
Seuls à vouloir croire à l’amour et ça je ne peux pas, moi, le croire. Je suis certaine que vous y croyez tous, que nous avons tous envie d’amour.

Prévert a dit « Fort heureusement, chaque réussite est l'échec d'autre chose». Et bien j’espère que la réussite évidente aux yeux de tous d’Eclats de Scènes est en effet un échec à la pensée facile et doctrinaire. Et j’en appelle à nos partenaires, déjà très présents, pour que cette réussite de l’amour des hommes, de l’intelligence et de la culture pour tous puisse se développer encore et encore, qu’elle puisse grandir.

Edito Journal des Conviviales N°15
Marc Menuge, administrateur - Janvier 2009
Venez vous voir !
Les auteurs seront à nouveau à l’honneur ces six prochains mois dans les Conviviales : Jean-Michel Ribes, Dario Fo, Carlo Collodi et son Pinocchio, Andersen adapté par la compagnie du Voodoo. Karl Marx lui-même sera présent à Lapalud tandis qu’une version circassienne de Roméo et Juliette sera présentée par des élèves de l’école élémentaire à Mondragon.
Nous aurons le plaisir de découvrir les nouveaux textes de Raphaël France-Kullman écrits avec Blanche Van Hyfte dans Complément d’âme, spectacle hybride entre concert et théâtre. Sophocle, Aristophane, Molière et tant d’autres seront évoqués dans L’histoire racontée du théâtre.
Chacun d’eux nous livrera sa vision du monde, enchanteresse, optimiste ou désabusée. Ils nous parleront d’amour, de désamour, de philosophie, d’humanité, d’espoir…
Ce faisant, ils nous parleront de nous et du monde comme il va.
Le spectacle vivant, c’est un moment de répit, pour le plaisir, pour réfléchir.
« Il est doux, quand la mer est haute, de mesurer son âge, de contempler serein, du bateau qui fait naufrage, les corps qui bronzent sur la plage »*.
Veillée d’armes : en attendant les prochaines élections, le gouvernement double la cadence pour appliquer le programme présidentiel. En face, les syndicats veulent se faire entendre, les partis s’agitent, se créent, s’organisent. Il s’agira de se compter car la crise financière, sournoise et inquiétante, a frappé fort. Quelles conséquences alors ?
Là encore, Eclats de Scènes en appelle aux auteurs, Caussimon, Vian, Souchon, Bellier... : On joue trop fort ? notre dernière création, dénonce ceux qui piétinent les corps en guise de marchepied pour arriver plus haut, plus riche. « Ah, si j’avais un franc cinquante, j’aurais bientôt deux francs cinquante, etc. »

Nous y voilà donc, à la croisée des chemins entre culture et vie quotidienne, loin de «l’entertainment » à l’Anglo-Saxonne qui fait rimer cinéma avec Coca, comédie avec profit, art avec dollar.
La culture est en nous, autour de nous, dans notre manière de parler, nous vêtir, nous déplacer, nous nourrir. L’art est quant à lui le reflet de cette réalité.
Alors, tout au long de ces prochaines Conviviales, venez nous voir.
Venez vous voir !

*Philippe Léotard. Suave Mari Magno. Album « A l’amour comme à la guerre » - Saravah

Frédéric Flahautmetteur en scène, comédien - Septembre 2008
On a dû se dire, de façon implicite, comme un décret non-écrit, qu’on serait toujours du côté des moins vieux, comme on était hier aux côtés des plus jeunes. Dix ans ont passé depuis la création d’Eclats de Scènes. Dix années, avec toujours ce même enthousiasme agaçant, cette même envie de nous tenir éveillés ensemble, public et acteurs. De nous scandaliser des coups de gomme sur certaines lignes budgétaires de l’état en matière de culture et d’enseignement (la D.R.A.C.* vient de nous supprimer, sans explication ni argumentation ses subventions). De décrypter les discours qui nous caressent le dos pour mieux nous botter le cul. De hurler à la vie devant cette jeunesse tantôt chair à canon, tantôt chômeuse et que l’on s’étonne de trouver désoeuvrée, désenchantée, se réfugiant dans une euphorie virtuelle et clandestine.
Car soyons concrets ! Parce qu’un artiste (sic) banquable, ami du chef de l’état, est gentiment dérangé dans sa villégiature corse, on se débarrasse d’un fonctionnaire. Le symbole est ici édifiant : si je ne suis pas dans le cercle des possédants, des dirigeants, je suis condamné à jamais à errer dans des terres inquiètes et précaires. Alors à quoi bon !

Une des fonctions du théâtre, de la musique, de la danse, des arts et de la culture en général, est justement de donner sans réserve de la dignité aux humains que nous sommes. Puissions-nous, vous et nous, convaincre que celui ou celle qui n’est pas encore venu(e) à un de nos rendez-vous énoncés dans ce journal, se prive d’un moyen précieux pour mieux comprendre, donc pour mieux se défendre de l’injustice et de l’incurie.

(*) Direction Régionale des Affaires Culturelles (service déconcentré du ministère de la culture dans les régions)


Gilbert Barba
, auteur, metteur en scène, comédien - mars 2008
Nous
faisons du théâtre contemporain ! Voilà la phrase est lâchée ! Elle résume une volonté, un parti pris, un engagement dit-on ! Nous faisons du théâtre contemporain ! Comme si celui-ci était né de rien, comme s’il n’avait plus besoin de l’écho des textes plus anciens, comme si la période contemporaine allait durer des siècles. Or il n’en est rien ! Un jour les auteurs et les textes d’aujourd’hui deviendront des classiques ! Mais qui peut dire de Bernard-Marie Koltès ou de Jean-Luc Lagarce (je prends les morts volontairement) qui peut dire lequel des deux passera à la postérité ? Si toutefois le labour des années ne les ensevelit pas définitivement dans des profondeurs à jamais insondables. N’oublions pas que nous n’avons conservé que 7 pièces sur les 90 qu’Eschyle a écrites. Et puis nous sommes contemporains de qui ? Où commence et où finit la période ? Beckett est-il encore contemporain, lui qui a été contemporain de Pirandello, il avait 30 ans quand le « Nobélisé » et désormais classique italien mourait. Koltès est-il plus ou moins contemporain que Beckett qui est mort la même année que lui ? (En 1989)

Changeons de point de vue : Les auteurs d’aujourd’hui sont-ils joués ? L’Italien Dario Fo, lui aussi prix Nobel, (décidément les Italiens) est-il trop vieux, lui, le jongleur italien, pour n’être quasiment jamais joué dans les centres dramatiques et les théâtres nationaux qui préfèrent, eux, monter le plus souvent des classiques et des auteurs contemporains qui ont pignon sur rue ? (Bien que cela fasse assez longtemps que Koltès ne soit plus autant joué qu’autrefois. Toi aussi, mon ami, tu es victime de la mode. Quant à Lagarce, lui, a eu la chance la saison dernière de naître il y a 50 ans. Reste confiant Bernard-Marie, on fêtera sûrement l’anniversaire des 20 ans de ta mort la saison prochaine).
« Doit-on monter les auteurs contemporains même s’ils sont mauvais ? » disait, méprisant, Gildas Bourdet. Je l’ai entendu de mes propres oreilles. Bien sûr que non, camarade ! Mais sont-ils tous mauvais ? Je peux te présenter plein d’auteurs d’aujourd’hui qui peuvent être associés à un metteur en scène dans un CDN. Si ton mépris t’interdit de lire les textes fort nombreux, je te l’accorde, des auteurs d’aujourd’hui, alors crée un comité de lecture qui lira pour toi ! Heureusement les compagnies indépendantes prennent plus de risques. Cependant je n’oublie pas les deux auteurs qui dirigent un théâtre : Jean-Michel Ribes au Rond-point et Catherine Anne à l’Est parisien.

C’est la guerre !
Il y a ceux qui ne montent que « du contemporain » et les autres qui sont trop timides voire méprisants, à l’endroit des auteurs d’aujourd’hui. Moi qui ai prononcé cette phrase avec fierté « je fais du théâtre contemporain » je me demande aujourd’hui si je n’étais pas un peu intégriste dans mon genre. Bien sûr je continuerai d’écrire, pour que mes textes soient montés de mon vivant, bien évidemment je monterai encore des auteurs d’aujourd’hui, mais je me demande si je dirai encore « je fais du théâtre contemporain ».

Je fais du théâtre ! Voilà la phrase est lâchée ! Comme Jean-Pierre Siméon au TNP de Villeurbanne avec Christian Schiaretti, tous les théâtres subventionnés tous les lieux de théâtre devraient avoir un auteur associé. Celui-ci, s’il est vraiment auteur, travaillerait en relation avec des auteurs vivants et des auteurs morts. Car il me semble urgent de ne plus séparer le théâtre en deux (les classiques d’un côté et les contemporains de l’autre).Il faut donner plus souvent la parole aux auteurs vivants et continuer de s’interroger sur les textes fondateurs, les textes, dont nous les artistes et le public avons besoin. « Le présent et le passé ne sont pas très distincts pour moi » disait Antoine Vitez. J’éprouve aussi ce sentiment. Les systèmes politiques depuis l’époque athénienne ont peu évolués. Combien de générations se sont écoulées depuis cette époque ? Le temps qui nous sépare de Shakespeare et de Molière est court. Mon Grand-Père que j’ai connu, transportait le souffre de la mine familiale de Pirandello dans le village de mon père en Sicile. La langue archaïque, celle d’Homère, traverse et nourrit celle des auteurs d’aujourd’hui. Qu’ils le veuillent ou non ! La mémoire littéraire artistique contribue à la lecture de l’histoire de notre société. Et sans histoire, nul avenir n’est possible.
Allez je prends le risque : il faut dans l’art en général proscrire ce mot «contemporain» et peut-être faut-il proscrire aussi celui de classique. Faire du théâtre aujourd’hui, pour des gens d’aujourd’hui me semble être l’essentiel. Profitons de cette immense bibliothèque qui nous est offerte, avec tous les auteurs confondus, où tous les ouvrages cohabitent, tous les mots se répondent, toutes les langues se mêlent, toutes les idées s’affrontent. Profitons de cette richesse sans âge et embrassons notre époque avec le goût du métissage linguistique. Ah ! Il faut dire aux rappeurs, slameurs et autres chercheurs en langue, qu’Homère écrivait des textes qui étaient dits en vers chantés, comme les leurs, que depuis des siècles les bergers sardes, descendent de leurs montagnes pour s’affronter dans des joutes poétiques, comme eux quand ils font un « clach » ( une joute verbale entre rappeurs.)




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